
La planification cantonale VTT est mise à l’enquête publique. A la clé: un réseau d’itinéraires VTT de quelque 1’700 kilomètres. Eclairage avec Jean-François Steiert, conseiller d’Etat en charge de la Direction du développement territorial, des infrastructures, de la mobilité et de l’environnement (DIME) et coprésident du comité de pilotage.
«Notre loi cantonale sur la mobilité est révolutionnaire! Ces planifications que nous sommes en train d’élaborer, ce ne sont pas que des idées sur des plans. Elles ont des effets contraignants, certaines pour les communes, d’autres pour les propriétaires.» C’est avec une certaine fierté que le directeur du Développement territorial, des infrastructures, de la mobilité et de l’environnement, Jean-François Steiert retrace le chemin qui a mené à la mise à l’enquête publique du projet de planification cantonale VTT, ce vendredi 18 septembre 2026.
«Nous vivons dans une société de plus en plus judiciarisée et qui tolère de moins en moins les zones d’ombres», relève le conseiller d’Etat. Pour accompagner l’essor important du VTT et du VTT électrique, un réseau d’itinéraires officiels devenait donc indispensable. La Loi fédérale sur les voies cyclables (LVC) et la Loi cantonale sur la mobilité (LMob), entrées en vigueur au début 2023, imposent désormais au canton de planifier ce réseau.
1’700 kilomètres d‘itinéraires légalisés
Jusqu’ici, les VTT étaient tacitement tolérés sur les routes et les sentiers, sans pour autant y être autorisés.
L’un des principaux objectifs de la planification cantonale est de canaliser les vététistes sur des itinéraires légalisés. Cela permettra de réduire la pression sur la faune, la forêt et l’agriculture. «Les touristes, les familles qui profitent d’une balade le week-end et la plupart des sportifs et des sportives choisiront leur parcours parmi les itinéraires officiels», poursuit le conseiller d’Etat.
La planification du réseau a nécessité de concilier des intérêts parfois divergents. Au final, 1700 kilomètres d’itinéraires ont été retenus pour composer un réseau à la fois attractif, cohérent et respectueux de l’environnement. «Au départ, certaines communes étaient sceptiques et se demandaient pourquoi le canton venait avec ses gros souliers sur leur territoire, note Jean-François Steiert. Mais finalement, elles se sont rendu compte qu’une démarche cantonale leur permettait de déléguer toutes les discussions et les procédures engendrées par des conflits d’intérêts.»
Des intérêts à concilier
Avant la mise à l’enquête publique, une première version du réseau a été soumise aux communes, aux instances et aux milieux intéressés. La démarche a été conduite par un comité de pilotage coprésidé par les directeurs de la DIME et de la Direction des institutions, de l’agriculture et des forêts (DIAF).
«Les discussions ont parfois été longues, ne cache pas Jean-François Steiert. Entre les milieux touristiques qui souhaitent attirer davantage de vététistes et les corporations forestières qui préfèrerait les voir circuler partout ailleurs plutôt que dans leurs forêts, les négociations n’ont pas été simples à mener. Il y avait pas mal de résistances et de questionnements, notamment autour des responsabilités.»
Un récent jugement rendu dans le canton à la suite d’un accident en forêt a mis en lumière les questions de responsabilité et la pression qui peut en découler pour les forestiers. La planification VTT a été l’occasion de se pencher sur ces questions et de définir plus clairement les responsabilités respectives des vététistes et des collectivités en cas d’accident.
Observer la pratique
Un monitoring de la pratique du VTT sera mis en place par l’Union fribourgeoise du tourisme, en collaboration avec le Service de la mobilité (SMo) et le Service des forêts et de la nature (SFN). Ce suivi devra permettre de mesurer la fréquentation des tronçons sensibles et ses effets sur la nature, les sentiers et la cohabitation entre usagers. «Si besoin, des mesures pourront être prises sur la base des données de ce monitoring», précise Jean-François Steiert.
Reste qu’il ne sera pas possible de surveiller l’entier des forêts fribourgeoises. «Si des exagérations sont constatées, prévient le conseiller d’Etat, des opérations coup-de-poing pourraient avoir lieu pour rappeler les règles et montrer qu’elles doivent être respectées. Quoi qu’il en soit, c’est surtout l’attractivité du réseau qui va faire que les VTT vont utiliser ces itinéraires.»
La version du réseau mise à l’enquête a été adaptée à la suite de la consultation. «Nous sommes bien conscients qu’il y aura des oppositions à certains tronçons, qu’il faudra des séances de conciliation, mais nous avancerons déjà là où ce sera possible.» Le réseau prendra ainsi progressivement forme dans la cartographie, puis sur le terrain par un balisage.
30 jours pour consulter le projet
La planification cantonale VTT est mise à l’enquête publique durant 30 jours. Les documents peuvent être consultés en ligne sur le cadastre des restrictions de droit public à la propriété foncière (RDPPF). Une version papier est également disponible dans les préfectures. Le réseau d’itinéraires VTT soumis à l’enquête peut également être consulté sur urlr.me/xUTJvB.
Propos recueillis par
Sophie Roulin
